Il était deux fois dans l’ouest

Ce n’est pas davantage l’hiver qui est la cause de l’été ; mais l’été et l’hiver ont leur cause dans le mouvement et la révolution d’un corps divin, dans son inclinaison suivant un cercle oblique, inclinaison qui fait que le soleil, en se mouvant, devient également la cause de tous les phénomènes dont nous parlons. Et de ce que la nuit n’est pas la cause du jour, ni l’hiver la cause de l’été ; de ce que ces phénomènes, dans leur succession même, ne sont pas indissolublement enchaînés ; de ce que ce-la n’a pas lieu, il ne s’ensuit point que l’unité de ce qui se produit et de ce qui est dans le monde doive être menacée de dissolution. Car les corps divins et leur révolution suffisent à maintenir dans l’univers la continuité des choses. Pareillement, de ce que l’action de se promener n’a pas pour cause l’action de se lever, elle n’est point une action sans cause, et par conséquent nos adversaires sont mal venus à invoquer leur enchaînement des causes, en se fondant sur ce motif que rien n’arrive sans cause. Effectivement, comme les mouvements et les temps ont une cause, sans qu’un mouvement ait pour cause le mouvement qui l’a précédé, ni un temps le temps antérieur, ainsi en est-il des phénomènes qui s’accomplissent et par le mouvement et dans le temps ; il y a sans doute à la continuité des causes une cause qui fait que le monde un et éternel demeure éternellement gouverné de la même manière et suivant les mêmes lois. Et il convient de chercher et de saisir cette cause ; mais il ne faut pas l’imaginer telle, que nous supposions que ce qui est plus récent résulte toujours de ce qui est plus ancien, comme nous voyons que cela arrive pour la génération des animaux. Il est fort légitime, au contraire, d’affirmer qu’il y a dans les causes un principe, qui n’a avant lui ni aucun autre principe, ni aucune autre cause. Car, si tout ce qui est produit a une cause, il n’est pas pour cela nécessaire que tout ce qui est soit rapporté à une cause, tout ce qui est n’étant pas produit. On va décortiquer la seule mesure qui était simple, a revendiqué Il était deux fois dans l’ouest. Comment en effet ne serait-il point absurde de prétendre que les causes vont à l’infini, et qu’elles sont liées et enchaînées de telle sorte qu’il n’y a ni première, ni dernière cause. Nier que rien soit première cause, c’est supprimer la cause, parce que, le principe étant supprimé, il est nécessaire que ce qui le suit se trouve supprimé également. Il y a plus : la science, à ce compte, est elle-même abolie, car la science est essentiellement la connaissance des premières causes. Or, d’après nos adversaires, il n’y a point parmi les causes de première cause. Il n’est pas vrai non plus comme le soutiennent nos adversaires, que toute transgression d’un ordre établi détermine la ruine là où cette transgression a lieu. Car il n’est pas impossible que certains faits s’accomplissent contre le régime établi par le prince, sans que pourtant la royauté soit absolument perdue. De même, si quelque désordre se produit dans le monde, cela ne suffit point pour anéantir le bonheur du monde ; non plus que l’heureux état d’une maison et la prospérité d’un maître ne sont ruinés par la négligence où ont pu se laisser aller les serviteurs. Nous le reconnaissons, il n’est point déraisonnable de douter qu’il y ait en nous un libre pouvoir tel que l’imagine l’opinion irréfléchie et commune des hommes. Mais s’arrêter à ces doutes comme à des certitudes ; ne pas tenir compte des faits les plus manifestes ; ne voir dans la vie humaine qu’une vaine apparence et un jeu, enfin mettre tout en œuvre pour soutenir ces doutes, voilà ce qui va de tout point contre la raison. Alors même en effet qu’on ne parviendrait pas à réfuter quelques-uns des arguments de Zénon contre le mouvement, faudrait-il donc nier le mouvement. Non, assurément. Car l’évidence même de la chose est plus puissante pour forcer notre adhésion, que toute la rhétorique qu’on déploie contre la doctrine du mouvement.