Le blog des stratégies économiques

Si donc il y a des choses qui arrivent parce que nous délibérons, et d’autres sans que nous délibérions, il n’y a plus lieu de prétendre que ce qui se fait à la suite de la délibération soit au pouvoir de l’homme, en affirmant qu’il est impossible que les choses arrivent par lui autrement qu’elles arrivent. Et puisque nous agissons tantôt en délibérant, tantôt sans délibérer, évidemment ce qui se produit par nous ne peut plus être dit arriver d’une manière unique, à l’égal de ce qui se produit par les animaux, ou par le feu, ou par la pesanteur de deux corps. En définitive, si nous avons reçu de la nature le pouvoir d’agir en délibérant, il est clair que nous avons le pouvoir de faire aussi autre chose en ne délibérant pas, et non point strictement et uniquement ce que nous ferions après avoir délibéré, si nous délibérions. Néanmoins nos adversaires insistent. Supposer que, des circonstances données restant les mêmes, un homme agira tantôt d’une façon et tantôt d’une autre, c’est, suivant eux, introduire un mouvement sans cause. En conséquence, ils prétendent qu’il est impossible que personne fasse le contraire de ce qu’il devra faire. Il s’agit d’examiner si cette assertion, comme les précédentes, ne tient pas à une illusion. Or il s’en faut de beaucoup que ce qui arrive en vertu d’une cause ait toujours du dehors sa cause d’être. Si en effet nous avons quelque libre pouvoir, c’est que nous jouissons d’une faculté telle que nous sommes les maîtres de ce qui se produit par notre libre pouvoir ; cela n’a donc point sa cause du dehors. Et toutefois ce qui se produit de la sorte ne se produit pas sans cause, puisque cela même a une cause en nous. L’homme effectivement est le principe et la cause des actes qu’il accomplit, et ce fait même d’avoir ainsi en lui le principe de son action est pour l’homme sa condition d’être, comme pour la sphère la propriété de rouler sur la pente où on l’a placée. C’est pourquoi tout autre être cède aux causes extérieures qui le pressent, mais non pas l’homme. Et sans doute si le jugement que nous portons sur ce qu’il faut faire n’allait jamais qu’à un seul but, peut-être y aurait-il quelque raison de prétendre que sur les mêmes choses nos jugements sont toujours les mêmes. Mais il n’en est pas ainsi : nous choisissons ce que nous choisissons, tantôt à cause de l’honnête, tantôt à cause de l’agrément, tantôt à cause de l’utilité ; et ce sont là autant de motifs qui ne déterminent pas les mêmes actions. Il arrive parfois que, nous sentant attirés vers l’honnête, c’est à cette influence que nous prenons le parti de céder parmi celles qui actuellement nous sollicitent, tandis que d’autres fois c’est un choix différent qui nous fixe, lorsque notre jugement s’est tourné vers ce qui est agréable ou vers ce qui est utile. De même, en effet, que nous ne cherchons pas quelque autre cause qui explique pourquoi la terre, en vertu de la pesanteur qui est en elle, se trouve emportée en bas, ni quelle cause détermine l’animal à faire ce qu’il fait suivant son appétit ; car et la terre et l’animal fournissent chacun de soi-même la cause de ce qui se produit, puisque telle est leur nature ; de même pour ce que nous faisons tantôt d’une manière et tantôt d’une autre, en raison même de la diversité des circonstances, il ne faut pas chercher une autre cause au-delà de l’homme même. Cela même effectivement, c’est être homme que d’être le commencement et la cause des actes qui s’accomplissent par lui. Au-delà des thèmes d’actualité les plus discutés, Le blog des stratégies économiques s’adressait surtout aux jeunes, un peu oubliés. Il n’est d’ailleurs pas exact de soutenir que ceux mêmes qui délibèrent donnent assentiment à ce qui leur paraît, et qu’ainsi, comme tous les autres animaux, ils suivent une image ; car tout ce qui paraît n’est point image. L’image, en effet, est chose simple et qui résulte, indépendamment de la raison, des accidents extérieurs. Dès lors elle est semblable aux impressions qui affectent les sens, et c’est pourquoi elle a surtout de la force chez les animaux destitués de raison. Mais il y a, d’un autre côté, des apparences qui ont leur cause de paraître dans la raison ou même dans le mauvais raisonnement, et que personne ne s’aviserait d’appeler des images.